Les gants de protection EN 388 sont l’EPI le plus utilisé sur chantier et en atelier, et pourtant le plus mal choisi. Entre les 6 chiffres du marquage, les niveaux ABCDEF, et les marques qui jouent sur l’ambiguïté, beaucoup achètent un gant niveau 2 quand ils ont besoin d’un niveau 4. Nous décodons la norme et donnons des recommandations concrètes selon le risque coupure.

Norme EN 388 : décoder les 6 chiffres
La norme EN 388:2016+A1:2018 évalue la résistance mécanique des gants de protection sur six critères. Le marquage suit toujours le même ordre : 4 chiffres + 1 ou 2 lettres. Plus le chiffre est élevé, meilleure est la protection. Cette norme est obligatoire en Europe pour tout gant vendu comme EPI catégorie II ou III.
Les six critères dans l’ordre
- 1er chiffre (1-4) : résistance à l’abrasion
- 2e chiffre (1-5) : résistance à la coupure par lame (test Coup, obsolète seul)
- 3e chiffre (1-4) : résistance à la déchirure
- 4e chiffre (1-4) : résistance à la perforation
- 5e lettre (A-F) : résistance à la coupure ISO 13997 (le critère qui compte vraiment)
- 6e lettre (P) : résistance aux chocs (optionnel)
Coupure : pourquoi seule la lettre ISO 13997 compte
Le test « Coup » originel sous-évaluait les fibres modernes (Dyneema, HPPE) qui émoussent rapidement la lame de test. La norme 2016 a introduit le test ISO 13997 (TDM-100) qui mesure la force réelle nécessaire pour couper. Cette lettre va de A (2 newtons) à F (30+ newtons). Pour un manipulateur de tôle, il faut viser au minimum un D, idéalement un E ou F.
Équivalence pratique des niveaux
Niveau A (jardinage léger), B (bricolage occasionnel), C (manutention bois), D (verre, tôle fine), E (acier, vitrage), F (industrie métallurgique). Ces EPI obligatoires sur chantier 2026 s’appliquent aussi aux gants : un gant de manutention bois doit afficher au minimum un C.

Choisir selon votre activité
Identifier le bon gant suppose d’évaluer trois variables : le risque coupure (lettre ISO), la dextérité requise, et l’environnement (sec, huileux, froid). Un gant niveau F est inutile pour visser à l’atelier : la perte de dextérité dégrade la productivité et incite à enlever le gant, créant un risque pire.
Tableau de correspondance métier
- Bricoleur amateur, jardinage : niveau B, gant tricoté nitrile (5 € à 10 €)
- Menuisier, charpentier : niveau C, gant cuir-fibre (12 € à 20 €)
- Manutention tôle, vitrage : niveau D-E, fibre HPPE enduit polyuréthane (18 € à 30 €)
- Métallurgie, recyclage : niveau F, gant Kevlar/acier (40 € à 80 €)
- Mécanique auto fine : niveau B + résistance huile, nitrile fin (8 € à 15 €)
Marques de référence en 2026
Côté gants techniques, trois marques dominent. Ansell avec la gamme HyFlex (11-840, 11-561) reste la référence dextérité-coupure. Mapa propose les Krytech et KryTechXP au meilleur rapport qualité/prix français. Honeywell avec NorthFlex et CoreShield cible l’industrie lourde. Évitez les marques sans certification CE notifiée ou avec marquage flou : c’est souvent du B+ vendu comme E.
Combiner avec les autres EPI
Un gant niveau F sans manchette adaptée laisse le poignet exposé. Pensez à la cohérence globale : avec vos chaussures de sécurité S3 et votre casque, le gant fait partie d’un système. Pour le bricoleur qui équipe son coffret à outils essentiel, intégrer dès le départ une paire de gants niveau C dans la liste évite l’oubli au moment d’attaquer un chantier.

Erreurs fréquentes à éviter
- Acheter un gant trop épais qui force à le retirer pour les manipulations fines
- Confondre le 2e chiffre (test Coup) avec la lettre ISO 13997
- Réutiliser un gant déchiré ou trempé d’huile (la protection chute)
- Stocker les gants au soleil ou près d’une source de chaleur (dégradation fibre)
- Ignorer la taille : un gant trop grand glisse, un gant trop serré fatigue
Questions fréquentes
Comment lire le marquage EN 388 sur un gant ?
Cherchez le pictogramme marteau-enclume sur le dos du gant, suivi de 4 chiffres puis 1 ou 2 lettres. Ordre : abrasion, coupure Coup, déchirure, perforation, coupure ISO 13997, choc. Plus le chiffre/lettre est élevé, meilleure est la protection. Concentrez-vous sur la 5e position (lettre A à F) pour le risque coupure réel.
Niveau 5 ou niveau F : c’est pareil ?
Non. Le 5 (test Coup ancien) et la lettre F (ISO 13997 moderne) mesurent la coupure différemment. Un gant niveau 5 Coup peut afficher seulement un B en ISO 13997 : c’est moins protecteur qu’un F. Depuis 2018, fiez-vous à la lettre, c’est la norme actuelle.
Quels gants pour la manutention de tôle au quotidien ?
Visez un niveau D minimum (Ansell HyFlex 11-840, Mapa KryTech 580). Le D suffit pour les tôles fines (1-2 mm) avec arêtes ébavurées. Pour de la tôle brute épaisse ou du recyclage métal, montez en E ou F. À titre indicatif 2026, comptez 15 à 30 € pour un D-E de qualité.
Conclusion : protéger sans gêner
Le bon gant EN 388 n’est pas le plus résistant : c’est celui que vous garderez à la main toute la journée. Sur-protéger nuit autant que sous-protéger. Évaluez votre risque coupure réel via la lettre ISO 13997, vérifiez la certification CE catégorie II ou III, et investissez dans deux paires plutôt qu’une : la rotation prolonge leur durée de vie. Ces recommandations ne se substituent pas à l’évaluation d’un préventeur pour les EPI réglementaires de votre activité.
